Mailhol,
curé de Mirepoix.
Pétition.
Ta haine est donc satisfaite, tu me vois déjà en détention perpé-
tuelle et tu t’en réjouis, va je te pardonne, mais je t’estime ce que
tu vaux. Tandis que tu machinais contre moi dans tes insomnies,
tranquille dans mon cabinet, me livrant au républicanisme de mon
esprit et de mon cœur, je travaillais à faire aimer et servir la Ré-
publique, je rapprochais d’elle la religion dont je suis le ministre, en
purifiant de mon mieux son or de tout alliage, en élaguant tout ce
que les hommes ont ajouté à l Evangile.
I
SMAEL
Réédition n° 4
Éditions Ismael :
n° i Richard Frethorne, Quatre lettres dun serviteur en Virginie
(1622-23).
l re éd. (numérique) : texte anglais, trad., notes, commentaires, et postf.; janv.
2016.
2 e éd. (imp. et num.) revue, corrigée et augmentée ; en cours de publication.
n° 2 Paul Choquet, Le Signe Historique. La 2 e section du Conflit des
Facultés et sa réception au XX e siècle.
Edition numérique et imprimée, déc. 2016.
n° 3 Christine Belcikowski, L’histoire d’Abraham Louis, Mirepoix-
Bordeaux-Mirepoix, iyff-i82g. Une généalogie.
Edition numérique et imprimée, juillet 2017.
(en cours de publication) :
n° 4 Pierre Klossowski, Johann Georg Hamann. Anthologie et textes
critiques.
Edition critique et commentée des publications et des manuscrits inédits de
P. Klossowski relatifs à Hamann et son œuvre, comprenant en outre la traduc-
tion d’un compte-rendu de Hegel.
Rééditions :
n° 1 Claude Brousson, Relation Sommaire des Merveilles que Dieu
fait en France, dans les Cévennes <Sç dans le Bas-Languedoc,
pour l’instruction fy la consolation de son Eglise désolée.
n° 2 Quentin Meillassoux, Potentialité et Virtualité.
n° 3 Quentin Meillassoux, Deuil à venir, Dieu à venir.
n° 5 J. G. Hamann, Métacritique du purisme de la raison (traduc-
tion Jacques Colette).
fH Toutes nos publications sont gratuitement téléchargeables sur notre site /ffl
editions-ismael.com
Pétition
au
Comité de Sûreté générale
de la Convention nationale ou aux juges donnés
aux détenus du département de l’Ariège,
„ par.
Mailhol,
curé de Mirepoix, détenu ce 15 ttoréal (4 mars 1 794) à Pamiers
d’ordre du Représentant Chaudon-Rousseau.
Introduite par CHRISTINE BELCIKOWSKI et annotée par JOSEPH-LAURENT Olive.
RÉÉDITION N° 4-
Paris-Lisboa.
Imprimé pour Ismael, éditeur, vendu en réseau et en la Ville Lumière chez F.
sur le Gros Caillou, sous le bosquet de Jean à l’enseigne de la fontaine ;
ET DEVANT LA VlLLE BLANCHE, EN LA CITÉ ArGILIÈRE, SISE SUR LE TAGE,
CHEZ J., 28’ COMBATANT DE LA GRANDE GUERRE, DIV. I E,
À LA MÊME SOURCE — JUIN MM. XVII.
Né À Carcassonne en 172g, descendant d'une vieillefamiUe de marchands
drapiers quia donné plusieurs consuls à la ville; neveu de Claude Maithol
O703-1775), savant génovéfin, helléniste et hébralsant, associé de l'Académie
de Béziers; auteur d'un Mémoire sur les longitudes à découvrir en mer et
d'un autre Mémoire sur un marbre des Juifs que l’on voit à Béziers;^?/)?
de Gabriel Mailhol (1725-iygi), écrivain qui a gravité à Paris dans le milieu
du duc de Fleur]' et qui laisse une oeuvre romanesque et dramatique proli-
fique ; frère de Marie Xavier Mailhol qui a épousé en 1761 à Mirepoir Etienne
Bouger, notaire royal, avocat en parlement; Jean Pierre Mailhol, bachelier
en Sorbonne, entre au séminaire de Saint Sulpice à Paris en 1745. Il est or-
donné prêtre à Paris en 1753. Retourné ensuite dans son diocèse cl origine, il
obtient d abord une prébende à Montréal, dans l 'Aude. En 17.54, il succède
à son oncle, Jean Mailhol, comme curé de Lavalette, près cle Carcassonne.
En 1774, il prononce l'oraison funèbre de Louis XV dans la chapelle de la
Confrérie des Pénitents bleus de Carcassonne. Il publie à la même époque un
Exercice de l’âme pendant la messe et les vêpres. Nommé en 1778 chanoine
au Chapitre cathédral de Mirepoix, d 'abord sacristain et théologal, puis
grand vicaire, il est à la veille de la Réi olution le bras droit de Monseigneur
deCambon, dernier évêque dudit Mirepoix. Le 23 janvier 17g! , désavoué en
cela par son évêque et par -sa famille également, il rend ses lettres de vicaire
général et prête serment à la Constitution civile du c/ergé.
Elu maire de Mirepoix en t7g2, Jean Marie Raymond Bouger ( 1762-1813),
neveu de Jean Pierre Mailhol, est de sensibilité plutôt girondine. Il s'attire
à ce titre l'animosité du très jacobin Gabriel Clauzel, marchand drapier,
qui a été maire de la commune de i7go à 17g/, qui anime de i7g2 à i7g4 le
Comité de surveillance de ladite commune, qui sera maire à nouveau du-
rant la première moitié de l'année i7g4, et qui défênd des idées violemment
anticléricales.
En octobre iyg3, engagé volontaire, Jean Antoine Xavier Ronger, autre
neveu de Jean Pierre Mailhol, né le 22 octobre 176g, tombe à la bataille du
Boulon, lors de la guerre qui oppose les Français aux Espagnols sur te front
des Pyrénées orientales.
Dans le même temps, Marie Anne Pétronille Mailhol, fille de l écrivain
Gabriel Mailhol, nièce de Jean Pierre Mailhol, est à Paris, au rf 8 de la
rue de la Pépinière, réponse de Ray mond Gaston (1757-?), ancien juge de
pair à Foix, conventionnel régicide, député connu pour sa véhémence et
son anticléricalisme aussi, ancien mentor de Jean Antoine Xavier Rouger.
Un document de police indique que, le 3 juillet 1793, dénoncée par un voisin,
Marie Anne Pétronille Mailhol se trouve soupçonnée d'entretenir une aven-
ture avec un individu suspect. Raymond Gaston mène l enquête.
C'est dam ce contexte politico-familial compliqué que, le 14 mai 1793, Jean
Pierre Mailhol est arrêté sim ordre du représentant Chaudron-Rousseau’
et à à l 'instigation de Gabriel Clauzel qui vient dette nommé procureur
général syndic par François Baby
Le j janvier 1794, Jean Pierre Mailhol est libéré sur ordre du représen-
tant Paganel 1 2 3 . Le 9 mars 1794, pour avoir tenté d'éviter la transformation
de la cathédrale de Mirepoix en temple de la Raison, il se trou ve déposé à
nouveau sur ordre de Chaudron-Rousseau. Gabriel Clauzel, trouvant Jean
Pierre Mailhol momentanément absent, fait incarcérer à sa place Marie
Xavier Mailhol, sœur de ce dernier. Jean Pierre Mailhol est ensuite incarcéré
à Ccistelnaudar y et ne sera libéré que le 10 mars 1795. De frimaire à messidor
an LV (10 décembre 1795 à 19 juin 1796), l'Imprimerie Librairie chrétienne
publie à Paris La Voix du Conciliateur, texte de Jean Pierre Mailhol, ancien
curé assermenté de Mirepoix, série d'articles dans lesquels l'auteur invite à
la réconciliation entre l'Eglise et la République.
Après sa libération, Jean Pierre Mailhol est nommé curé de Villespy, dans
le diocèse de Saint-Papou!, et vicaire épiscopal de l 'Aude. Le 15 août 1797, il
se rend à Paris, envoyé par le clergé de l'Aude à fin de représentation au
Concile national de l'Eglise gallicane. Jean Pierre Mailhol contribue là au
Concordat du 15 juillet 1801, qui organise les rapports entre les différentes
religions et l 'Etat dans toute la France. Nommé en 1802 curé de Boulogne,
dans le Comminge-s, Jean Pierre Mailhol y meurt le 20 novembre 1804 4 .
1. Guillaume Chaudron-Rousseau (1752-1816), député à la Convention, envoyé
du gouvernement dans les Pyrénées orientales, chargé de la répression contre le
soulèvement fédéraliste de Bordeaux.
2. Jean François Baby, né en 1759 à Tarascon, Ariège, commissaire civil et député
suppléant, agent de la Terreur. Fusillé à Paris en octobre 1796.
3. Pierre Paganel (1725, Villeneuve-sur-Lot - 1826, Bruxelles), ancien prêtre,
député à la Convention, représentant du gouvernement en Languedoc.
4. Sources : L. Labouisse-Rochefort, Souvenirs et Mélanges littéraires, politiques
et biographiques, vol. 2, Bossange Père (Paris), 1826, p. 309 ; Joseph-Laurent Olive,
Dieu soit loué de tout, livre de raison de la famille Rouger, édition privée.
u Comité de Sûreté générale de la Conven-
tion nationale ou aux juges donnés aux
détenus du département de [ Ariège, Mailhol,
ciué de Mlrepoix, détenu à Pamiers d’or-
dre du Représentant Chaudon-Rousseau.
Délivrer des Patriotes républicains de la détention et les laver
d’une honteuse suspicion, c’est un des plus importants objets de
votre Commission, c’est le désir de votre cœur. Lisez, citoyens,
j’exposerai seulement les faits, les époques, et vous reconnaîtrez
qu’on a surpris la justice de Rousseau, que je mériterais des ré-
compenses, non des peines, et (pie tout mon crime est d’avoir un
ennemi accrédité 1 .
Fait grand vicaire et curé de Mirepoix par l’évêque Cambon
en 1778, il me pressa en 1789 d’adhérer avec lui à l’Exposé des
Principes 2 des 30 Evêques, je lui refrisai net et, ne pouvant le ra-
mener, je lui remis ses lettres de grand vicaire, prêtai le serment
prescrit aux curés le 27 novembre 1790 3 , ayant déjà fait plusieurs
serments civiques, et j’autorisai ma patriotique conduite par
deux imprimés en janvier et mai 1791, la moitié des curés du
diocèse ayant suivi mon exemple, au grand dépit du Prélat et du
parti aristocratique.
L’Evêque lance un mandement en juin 1791, où je suis traité
comme chef de l’Apostasie, j’y réponds par un troisième écrit
2 § Mailhol, curé de Mirepoix.
en septembre, auquel je joins la réfutation du Bref 4 du 13 avril,
ouvrage que les journalistes patriotes de Paris louèrent, et qui s’y
vendit beaucoup chez le Clerc rue St-Denis.
Mon civisme avait précédé la Révolution. D’abord caressé,
toujours respecté par l’Évêque et le Marquis, je m’étais brouillé
avec celui-ci parce que je m’opposai à ce que le Bureau de l’hôpi-
tal le déchargeât des bâtards pour trop modique somme et que je
criai haut contre les friponneries de ses moulins ; je me brouillai
avec l’Évêque, quoique sans rupture ouverte, parce qu’il tyranni-
sa le chapitre par des saisies tortionnaires, à la suite d’un procès
où l’Évêque avait tort quoiqu’il eut gagné.
Reprenons le fil des événements : en 1792 parurent de moi
les « Veillées du Presbytère », dont l’édition, chez Froullé quai
des Augustins, fut bientôt épuisée, et qui contribua beaucoup à
patriotiser les campagnes et le bon peuple à qui on le lisait. On
n’imaginerait pas tout ce que j’eus à souffrir de l’aristocratie, des
prêtres réfractaires et de leurs dévotes, on accorda à mes écrits
les honneurs de la brûlure en place publique. Je fus proclamé le
nouveau renieur Pierre, le nouveau traître Judas ; il plut sur moi
un déluge de calomnies, de lettres anonymes, de chansons impri-
mées et, qui pis est, de coups de bâtons nocturnes 5 . En sorte que
je pourrais m’appeler l’apôtre et le martyr de la Révolution, qui
ne s’est jamais démenti, la suite le prouvera.
Pourquoi donc m’a-t-on enfermé, expliquons-le. Vit à Mire-
poix un quidam actif et adroit < p 1 i se procura les premières places
de la Révolution, je ne lui ai jamais fait de mal, il en convient,
mais je n’ai jamais eu ni la force de l’estimer, ni la faiblesse de
le craindre. À la mi février 1793 m’arrivent deux lettres de deux
frères, mes cousins, négociants au Portugal qui, ayant appris par
le premier courrier direct de Paris la mort de Capet, raisonnent
très mal sur cet événement. Aussitôt le quidam m’accuse d’être
en relation avec des émigrés, me fait saisir moi et mes papiers,
et traduire au département à Foix. Or, les prétendus émigrés
étaient hors de France depuis plus de vingt ans, et rien dans
leurs lettres n’indiquait mon opinion personnelle sur cette
mort dont je n’avais pu les entretenir vu les dates. En sorte que
Pétition. § 3
le département me renvoya justifié à mes fonctions, non sans
dépit pour le quidam qui avait annoncé contre moi les plus sé-
vères peines. À la vérité, l’une de mes lettres portant « on vient
de faire deux grandes fautes à Paris, l’Assemblée de confier au
Roi la guerre contre ses frères, le Roi d’en accepter la charge,
ils s’en repentiront », l’un des juges appela audace ce qui n’était
que clairvoyance, et demanda que l’arrêté me recommandât à la
surveillance de la municipalité.
Moi, de retour à Mirepoix, je continuai à m’y conduire en
bon patriote et en zélé républicain; j’avais fait, ou j’ai fait de-
puis, tous les serments proposés ; quand le Roi fut suspendu,
encore plus dès que sa déchéance fut prononcée, je fis cesser le
« Domine salvum fac Regeni » et j’y suppléai par une prière pour
la République. De nia bourse sont sorties plus de mille livres en
dons patriotiques outre plus de trois cents d’impôt annuel. Pour
les succès militaires j’ai fait chanter des Te Deum. Un neveu 6 ,
que j’avais lait élever àgros frais à Paris pour l’Église et qui était
à Mirepoix mon commensal et l’aigle du club, je le livrai de grand
cœur à la défense de la Patrie, pourquoi hélas l’Espagnol me l’a-
t-il tué ?
En juin dernier, le fédéralisme ayant fait entendre sa voix
à Mirepoix, je criai tout haut contre le monstre : « unité de la
République, tenons-nous serrés contre la Convention natio-
nale », tel fut mon cri. Dès lors, à chaque messe de paroisse, je
fis chanter des prières relatives, traduites en français au lutrin;
on les répétait de si grand cœur ! Je les expliquai en chaire deux
fois avec tant de zèle ! Alt ! mille fois on m’y a entendu parler
en vrai patriote. Témoin, certaine assemblée électorale qui, ap-
plaudissant hautement à un de mes discours, me le fit répéter en
1792. Et mon cabinet, mes écrits ne prouvent-ils pas en moi un
républicanisme aussi éclairé qu’actif (j’en donnerai note ci-bas).
Toutefois, voici mes malheurs par le manège du quidam que je
n’avais pas assez craint.
Première détention le 14 octobre à son instigation (Baby l’a
nommé 7 ), les griefs lui en sont demandés par Massiac et Baby.
4 § Mailhol, curé de Mirepoix.
Les reconnaissant insuffisants et peu prouvés, ils arrêtent le
29 brumaire [19 novembre 1793] que ma liberté nie sera rendue, il
n’en est rien pourtant. Pourquoi ? parce que le quidam persuade
au Comité de Pamiers que Massiac et Baby (objet de ses cabales)
n’ont plus de pouvoirs 8 ; on fait plus, on me retient injustement
l’arrêté des commissaires et on me met dans la cruelle impuis-
sance de le produire aujourd’hui.
Ma détention continuant, on m’offre la liberté si je veux re-
noncer à mon état et à mes fonctions (ici, je ne dissimulerai rien).
À mes fonctions répondis-je, soit, car je ne veux ni ne dois les
exercer qu’ autant que les autorités constituées m’y autoriseront,
me le permettront ; les exercer malgré elles, voilà qui serait à mon
sens vrai fanatisme ; mais, à mon état de prêtre, je vous trompe-
rais si je vous disais que j’y renonce, le cri de nia conscience y est
contraire. Ramenez-moi aux Carrières si ma liberté tient à cette
renonciation. Il en fut ainsi.
Ma famille 9 , voulant alors m’éloigner de mon Persécuteur
sollicita du Comité IO de Mirepoix un délibéré qui, assurant ma
liberté, me prohibait domicile à Mirepoix. Paganel 11 l’arrêta ainsi
le 5 nivôse [25 décembre 1793] sans dire mot des fonctions pas-
torales, qu’on l’observe. Je pris alors domicile à deux lieues de la
ville et n’y paraissais que pour disposer la vente de mes meubles
et mon départ.
Alors, le club, le conseil général, le comité lui-même me ré-
clament unanimement de Paganel le 16 nivôse [5 janvier 1794],
unanimité que je n’ai aucunement provoquée ; l’on m’en accuse,
qu’on le prouve (quand mon ennemi voudra-t-il exécuter les
lis?). Paganel lève la défense de me domicilier à Mirepoix par
un deuxième arrêté du 27 nivôse [16 janvier 1794], sans parler de
mes fonctions non plus que dans le premier.
Moi, réclamé hautement par l’entière commune dans l’in-
tention manifestée de me voir les exercer, autorisé à cela par la
Constitution et par le décret du 18 frimaire 12 [8 décembre 1793],
voyant alors le quidam hors d’état de me nuire et sans pouvoirs,
n’ignorant pas d’ailleurs < pic, dans l’entreprise de Massiac en
mon absence, le quidam et sa femme avaient encouragé le peuple
Pétition. § 5
à faire tenir l’église ouverte, croyant conséquemment qu’il ne me
ferait pas un crime d’avoir repris mes fonctions, je les recommen-
çai, mais le 21 pluviôse [9 février 1794] seulement et en déclarant
hautement que je les cesserais dès que les autorités constituées
ne me voudraient plus à Mirepoix. Je monte en chaire, c’est pour
y prêcher la République et tonner contre tout esprit de parti,
surtout contre toute guerre de religion. Je parais au club, c’est
pour lui proposer des entretiens historiques et politiques sur les
républiques anciennes et modernes, à lire aux décadis, aux clubs
mêmes, au probt du républicanisme.
Mais mon ennemi, que la haine aveugle, nie reproche d’avoir
repris mes foncüons, alors que personne ne m’a interdit de
les exercer; j’ai obéi au cri de ma conscience et il me traite de
fanatique !
Pourquoi, m’objecte-t-on encore, intriguâtes-vous au club
contre le temple de la Raison; je n’intriguai pas plus pour cela
que pour obtenir le vœu du 16 nivôse, voici le vrai. Fontes pro-
pose de prendre l’église de paroisse pour temple de la Raison,
opposition générale du peuple : laissez-nous notre église, elle
est unique, qui osera nous en chasser, payons un temple de la
Raison ailleurs. Contentons le peuple, dit alors un Juif, j’offre
200 livres... j’en offre autant, dis-je après lui, honteux de m’être
laissé précéder par ce bon israélite... et moi 500, dit le maire...
et, le peuple se boursillant, il y eut 700 livres de cotisées pour cet
objet. Voilà tout mon crime et celui du maire 13 déposé et rempla-
cé par Fontes quand on a pris l’église pour l’intolérant et exclusif
culte de la Raison, qui n’est pas celui de l’Étemel.
Or, je suis moi si tolérant, si conciliant que je dis en chaire :
que l’on promette de ne pas ravager l’église et de ne pas y pro-
férer en chaire des blasphèmes, nous pourrions nous servir du
même local à diverses heures, la religion naturelle est la sœur de
la religion chrétienne ; vous prêcheriez les vertus morales, moi
les vernis surnaturelles ou les motifs surnaturels, et nous ferions
tous en paix le bien moral de la République. Y a-t-il en cela de
quoi me criminaliser et me punir? Ne faudrait-il pas émdier
6 § Mailhol, curé de Mirepoix.
cette idée au grand contentement du peuple français chrétien et
non chrétien ?
Revenons aux faits. Rousseau, arrivé le 20 ventôse [10 mars
1791 1 . donne toute sa confiance à mon ennemi déclaré et le met
à la tête du Comité 14 . Dès lors, je remplis ma promesse et mes
principes en me retirant, et je l’écris au Représentant, n’ayant pu
obtenir audience.
On en voulait au culte plus encore qu’à moi ; car pendant ma
première détention le vicaire m’avait suppléé, à cette deuxième
il a été détenu comme moi. Mais d’ailleurs la rage de mon en-
nemi voulait se satisfaire. Tout ce qu’il peut obtenir du comité
formé par lui c’est que, dans les circonstances, il faut m’éloigner
de Mirepoix, chose bien différente de ma détention ; il l’obtient
pourtant de Rousseau, et comment s’y prend-t-il à mon égard ? 11
déclare à nia sœur ’ 5 que, si je ne me rends pas pour la détention,
je serai traité comme émigré (sont-ce là des lois?) et ma sœur
est emprisonnée en otage. Je reviens du département de l’Aude
à ces tristes nouvelles, et 111e voilà détenu depuis le 25 ventôse
[15 mars 1794], âgé de 65 ans, chargé d’inhrmités, sans nul ser-
vice ici.
Là ne finit point la persécution, on met le scellé sur mes
papiers, où le juge de paix non seulement ne découvre rien de
suspect mais trouve, écrits de nia main, des « Entretiens histo-
riques et politiques sur les républiques anciennes et modernes »,
pour les décadis et les clubs. Et si le juge avait fait un inventaire
de tous mes écrits, comme je l’avais demandé et comme le qui-
dam ne l’a pas permis, il aurait constaté l’existence dans mon
cabinet de plusieurs manuscrits tous républicains sortis de ma
tête, dictés par mon cœur, ce qui serait contre mon accusateur la
meilleure des armes.
Mais il y a bien plus, mon ennemi est l’âme du comité, il le
domine ; on y remplit sur chaque détenu de Mirepoix des notes
à colonnes. Je présente pétition pour que mon accusateur ne
soit pas admis à délibérer ma note et je proteste contre s’il ne se
récuse, droit que me donnait l’ancien régime même, récusation
qu’il eut dû prévenir. Qu’en arrive-t-il ? Il jette feu et flamme
Pétition. § 7
contre mon audace, et la fatale note de fanatique, d’intriguant
m’est donnée et part pour Paris, si je suis bien informé.
Ta haine est donc satisfaite, tu me vois déjà en détention
perpétuelle et tu t’en réjouis, va je te pardonne, mais je t’estime
ce (pie tu vaux. Tandis (pie tu machinais contre moi dans tes
insomnies, tranquille dans mon cabinet, me livrant au républi-
canisme de mon esprit et de mon cœur, je travaillais à faire aimer
et servir la République, je rapprochais d’elle la religion dont je
suis le ministre, en purifiant de mon mieux son or de tout alliage,
en élaguant tout ce (pie les hommes ont ajouté à l’Evangile. Fra
Paëlo n’en fit pas plus pourla République de Venise contre Rome
(pie j’en ai fait pour la République française ; elle le protégea, le
récompensa; la République française ne me laissera point sans
pain, sans moyens d’étude, dans la solitude (pie je réclame, après
plus de 40 ans de services rendus à l’Église, à l’État, et surtout
à l’humanité souffrante. On connaît à Mirepoix mon boulanger
et mon marchand d’habits pour les pauvres ; l’on m’a vu les ré-
chauffer dans les glaces de l’hiver et je ne sais pas me repentir
d’être presque sans réserves.
Mailhol, curé de Mirepoix,
détenu ce 15 floréal [4 mars 1794].
... N" 12719 le 27 lloréal de l’an II, renvoyé au Comité de Sûreté Générale
par celui des Pétitions.
Paris ce 28 floréal de l'an 2 [14 mai 1794].
Notes.
1. Cet ennemi, appelé aussi « le quidam », n’est autre que Gabriel Clauzel.
2. Cet « Exposé » a été adressé à Rome en octobre 1790.
3. Serment de fidélité à la Constitution civile.
4. Eref pontifical qui condamne comme schismatique et hérétique la
Constitution civile du clergé.
5. Le 7 juin 1792, tournant à l’extrémité du Grand Couvert à dix heures du
soir, il reçut un violent coup de bâton sur la tête.
6 . 11 s’agit de Joseph Antoine Xavier Rouger, tué devant le Boulou dans la
nuit du 14 au 15 octobre 1793, au cours d'une action contre les Espagnols.
7. Baby a nommé Gabriel Clauzel procureur général syndic.
8. Ils détenaient ces pouvoirs du Représentant Chaudron-Rousseau, rap-
pelé dans le sein de la Convention par décret du 13 brumaire an II (23 novembre
1793 )-
9. Etienne Rouger, son beau-frère.
10. Comité révolutionnaire de surveillance.
11. Les sociétés populaires de l’Ariège ayant réagi devant les excès des com-
missaires civils, le Représentant Paganel, qui se trouvait à Montauban. se rendit
en Ariège où il arriva le 24 décembre 1793.
12. Ce décret, dû à l’initiative de Robespierre, reconnaît la liberté des cultes
et défend de poursuivre le pillage des églises.
13. Jean Marie Raymond Roger, rétabli dans ses fonctions de maire par
Paganel le 27 décembre 1793, a été déposé le 10 mars 1794 par Chaudron-
Rousseau, qui lui a substitué Jean Baptiste Fontès.
14. Comité révolutionnaire de surveillance.
15. Marie Xavier Mailhol, épouse d’Etienne Rouger.
Ce fascicule - tiré à
fo exemplaires
numérotés
de i à ?o,
orné
en frontispice d’un
détail du Mer eu -
rius als personifica-
tie van Deugd red
zielen bÿ voorge-
borchte en Daphné
verandert in boom ,
attribué à l’Ecole de
Andrea Mantegna,
145)0-1499 (Rijk-
museum, Amster-
dam) ; achevé de
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dans une chambre sise sur le Tage et d’imprimer en la même,
dans les officines de la Grafica Europress, avec un Coral Book
creme 80g, le vingt-cinq juin deux mille dix-sept - cons-
titue le premier tirage de la quatrième réédition au cata-
logue de Ismael, légalement déposé à la Bibliothèque Natio-
nale de France en juillet de l’année deux mille dix-sept.
2,50 € - ISBN : 979-10-97450-01-4